Première marche

Un jour de novembre 2005, sans préambule, mon chéri me dit : « et si on adoptait ? »
Ma réponse fuse « Ah, non ! »
Fin de la discussion.

Un mois plus tard, il me repose la même question.
Là, je m’interroge. Çà doit lui tenir à cœur pour qu’il me le demande 2 fois malgré un refus… Et puis, pourquoi non ?
Pourquoi non ? car je ne me suis pas faite à l’idée de ne pas porter d’enfant… mais si je ne devais jamais en porter ?
Et puis, comme on dit, çà ne coûte rien de voir de quoi il en retourne…
Ma réponse est donc quelque chose comme « pourquoi pas ? on va se renseigner. »

Une de mes caractéristiques, c’est que si on me met un projet entre les mains, je fonce. Je ne fonce pas à l’aveuglette. Je fonce à la pêche aux infos, aux renseignements en tout genre. J’ai la chance de vivre à l’heure du net ! j’ai écumé forums divers et avariés, j’ai lu des pages de sites.

Et voilà que début janvier, notre première lettre part à notre Conseil Général.
La réponse ne se fait pas attendre. On reçoit des stats, un petit livret dont l’édito est signé par « Ségolène Royal, ministre de la famille » (ou quelque chose comme çà ! euh, çà fait combien de temps qu’elle n’est plus au gouvernement, elle ?) hum, les doc ne sont pas tous à jour…

Notre deuxième courrier part quelques jours après. Oui, on confirme qu’on veut continuer !

Deuxième courrier du CG : c’est l’invitation à une réunion d’information.
On a le choix entre 3 dates. Pour la première, on est en vacances ; la troisième nous paraît loin. On opte pour la 2ème : le 30 mars.
Souci, c’est le 30 mars que j’ai rendez-vous avec ma gynéco au centre de PMA, le style de rendez-vous qu’on met 5 mois à obtenir…
Tant pis, la réunion durant toute la journée, on sera ensemble le matin et l’après-midi, je laisserai Chéri prendre des notes et me raconter !

Je téléphone donc au secrétariat de l’unité Adoption pour leur donner notre choix. Je m’attends à tomber sur une vieille bonne femme revêche, après avoir poireauté pendant 20 sonneries et 10 minutes de la Lettre à Elise…. Mais non ! la femme qui me répond (vite !) est charmante, aimable et tout et tout. Waouh… çà fait plaisir.

On se présente donc ce fameux jour, au CG.
On se retrouve dans une salle de réunion, avec plusieurs couples, une quinzaine environ. On s’observe tous en coin…
Présentation de la part de la responsable de l’unité sur les aspects légaux, pour obtenir l’agrément et aussi pour accueillir l’enfant. Elle nous parle de l’adoption simple et de la plénière. Elle nous parle des pupilles d’état qui sont très peu nombreux.
Elle nous informe de l’idiotie qui concerne les concubins. Enfin, c’est moi qui dit que c’est une idiotie… on n’est pas mariés avec Chéri, alors adopter NOTRE enfant et que NOTRE enfant n’ait pas de père légal, je trouve çà débile. Les concubins qui ont un enfant biologique sont LES parents…
Sans compter que si rien dans la loi française ne s’oppose à l’adoption par des concubins, les faits diffèrent. Les pupilles sont toujours confiés à des couples mariés ! Le choix des adoptants dans ce cas est fait par un conseil de famille et la majorité de ces gens estiment certainement que le mariage est un gage de stabilité…
Et à l’étranger, de nombreux pays n’acceptent pas de confier les enfants à des concubins, mais à des célibataires oui pour certains. Où est la logique ?…
Je rêve de me marier mais je ne veux pas me marier pour entrer dans un moule, parce que c’est une condition pour être parents ! Chéri n’étant pas porté mariage (pour l’instant…), c’est sûr que ce n’est pas demain qu’on ira rendre visite à Monsieur le Maire !

L’après midi est consacré à des interventions de personnes travaillant dans les OAA.
Là aussi, tout est clair et réaliste. Tous ceux qui sont présents à la réunion n’adopteront pas.

Il faut se préparer à des difficultés pour adopter et aussi aux difficultés de l’enfant qui posera des questions, à l’enfant qui fera sa crise d’adolescence…
On apprend que 15% des adoptions en France se terminent par un abandon de l’enfant ou son placement à la DASS. C’est terrible ! ce chiffre me bouleverse quand je pense à ces enfants qui vivent 2 abandons. Quelle vie peuvent ils avoir après avoir été détruits comme çà ?

J’ai rejoint Chéri 15 min avant la fin de la réunion.
On repart de là avec le dossier à remplir et la liste des documents à fournir.

Notre CG respecte le délai des 9 mois entre le dépôt du dossier et la réunion de la Commission d’Agrément. Et en plus, on peut déposer le dossier même si certains documents nous manquent. C’est la date de réception du dossier qui fait courir le délai ! chouette !

On réunit un maximum de documents et on envoie tout çà mi-avril. Je vous l’avais dit, quand on commence un projet, on avance !
Confirmation de la réception par le CG : ils nous annoncent qu’on passera à la commission de janvier…

Il nous manque le certificat médical. On prend rendez-vous avec un médecin agréé qui est tout près de chez nous. Prise de tension, un coup de stétho, on tire la langue, on laisse 2 fois 20€ et hop, certif en poche.
Je plaisante avec mon ironie sur les 40€. C’est normal qu’on le paie cet homme !
Il nous conseille de taire le fait qu’on continue les FIV. Les travailleurs sociaux ne conçoivent pas qu’on puisse faire les 2 chose à la fois. J’aimerais un jour avoir une raison VALABLE qui m’explique pourquoi est-ce si inconcevable de mener ces 2 projets en parallèle…
Il nous raconte aussi son histoire. Au début, j’ai un doute sur la véracité mais au final, je la pense vraie.

Après plusieurs échecs de FIV, sa femme et lui entament une procédure d’adoption. Ils décident de refaire une dernière tentative… qui marche ! Puis après ce 1è enfant, ils en veulent un 2è, qui arrive à la 1è tentative qu’ils refont ! Quelques années plus tard, sa femme tombe enceinte naturellement. Et par 2 fois ! Aujourd’hui, ils sont famille nombreuse !

Elle est jolie son histoire. Elle montre qu’il faut garder espoir, toujours.

Les derniers doc sont prêts. On envoie le tout.
Et on attend…
On sait que le 1er entretien sera avec l’assistante sociale, environ 4 mois après le dépôt du dossier…

Deuxième marche

Après quelques mois d’attente et un coup de fil au secrétariat Adoption (encore une personne charmante qui part à la recherche de notre dossier pour me donner une réponse fiable), j’obtiens le numéro de téléphone du centre médico-social dont nous dépendons.
Fébrile, je téléphone pour demander un rendez-vous.

A la personne qui décroche, je m’excuse de lui téléphoner mais j’argue des vacances proches pour expliquer mon coup de fil et le fait que je vienne aux nouvelles pour le rendez-vous avec l’assistante sociale. Que çà soit moi qui « réclame » le rendez-vous ne paraît poser aucun problème à la personne de l’autre côté du téléphone. Ouf ! Malheureusement, l’AS qui s’occupe de notre secteur d’habitation est en rendez-vous extérieur, elle me rappellera donc pour fixer le rendez-vous.
Quelques jours après, c’est chose faite, le rendez-vous est pris avec une AS qui a une voix très douce et qui me paraît sympathique.

Nous posons tous les 2 un après-midi de congé.
Je n’angoisse pas mais je souhaite « préparer » un peu avec ma moitié cet entretien. Il faut dire qu’on n’a pas beaucoup parlé adoption tous les 2. On a essuyé entre temps un nouvel échec de FIV, les pensées étaient ailleurs… mon homme ne voit pas l’intérêt de préparer, il dit que je me stresse trop et qu’il ne va pas faire du politiquement correct pour faire plaisir à l’AS. Gloups, je sais de quoi il est capable quand il n’est pas d’accord ou que la personne en face l’ennuie…
J’arrive quand même à parler de la question « que diras-tu à l’enfant de son histoire avant nous ? ». On est au clair tous les 2, on lui en parlera s’il nous pose des questions, on ne lui racontera pas une belle histoire, on lui dira la vérité avec les mots selon son âge et on n’ira pas au devant des questions.

On est une semaine de fin juillet, en pleine canicule…Volets fermés à la maison !
On guette l’arrivée de l’As, car la maison n’est pas très facile à trouver…
La voilà, pile à l’heure !
Elle s’installe tout de suite à la table de la salle à manger et déballe ses papiers ; elle nous montre la liste de 3 pages de questions qu’elle a à poser.
On la verra 3 fois au total ; aujourd’hui, on va parler essentiellement de nous, la 2è fois, on parlera de l’enfant et la 3è… on relira le rapport ensemble.

Elle est souriante et paraît sympathique et ouverte. J’imagine une femme très douce.

Alors, on commence avec des questions « classiques » :
– Nom, prénom, date et lieu de naissance
– Date du mariage (nous, on donne celle qu’on a sur notre certificat de concubinage)
– Profession et employeur
– Revenus, charges
– Nombre de pièces dans l’appart (elle visitera avant de partir)

Elle nous demande ensuite notre religion, en précisant 2 fois que c’est facultatif. Aucun souci, on répond d’une même voix « aucune » !

Puis, elle sort son cahier, car les questions suivantes n’ont pas de réponses en un mot !
– frères, sœurs ; leurs âges, ont-ils des enfants ; où habitent-ils
– père et mère : leurs âges ; où habitent ils
– notre enfance : comment perçoit-on notre éducation, comment a-t-on vécu notre enfance
– notre vie jusqu’à ce jour, ou du moins, jusqu’à ce qu’on se soit rencontrés
– nos études, nos parcours professionnels
– notre couple : comment s’est-on rencontrés ? « qu’est ce qui caractérise votre couple ? »… Euh, on sèche même si je tente un timide « on s’aime » ! je me sens ridicule d’avoir dit çà, encore aujourd’hui…
– on parle de notre communication, les respects de l’un envers les goûts et les loisirs de l’autre
– nos loisirs
– nos amis
– elle nous demande aussi si on a des animaux

Puis, rapide tour de l’appart, elle ne scrute pas chaque pièce, c’est simplement un tour d’horizon. Et en plus, elle trouve que c’est sympa chez nous. Je suis contente.

Alors soit on est des bavards, soit on a des vies bien remplies, (ou les 2 !!), mais pour tout çà, on a causé pendant 2h30 !!
En plus, j’ai proposé à boire (28 ou 29°C à l’intérieur !) et l’AS n’avait pas soif ; du coup, je n’ai pas osé aller boire ; j’ai fini l’entretien avec la langue collée au palais.
On prend rendez-vous pour la prochaine fois… c’est dans 1 semaine ½ ! il faut dire qu’elle dispose de 4 mois pour rédiger son rapport et que le délai court depuis mai…
Ma 1è impression après cet entretien : on a affaire à quelqu’un de doux, attentif, qui pose les bonnes questions mais sans plus, très consciente de la galère à traverser pour adopter.

La grosse semaine s’écoule, le 2ème entretien arrive.
Je sais ce qui nous attend, enfin, au-moins qui, à défaut de connaître précisément les questions et je suis plus sereine.
Vu que la température a bien baissé, on peut se causer à la lumière du jour…

On attaque dès son arrivée !

1. l’adoption
– nos motivations ?
– a-t-on fait des FIV ? est-on conscient qu’on ne peut pas mener de front FIV et adoption ?
Cette question là, on l’avait préparé ! on était très sûrs de nous en expliquant qu’on avait essayé que, çà avait foiré et qu’on avait tourné la page (c’est la seule question où on a menti !).

Elle est satisfaite de notre réponse, elle aurait eu plus de mal si on avait continué la PMA mais aussi si on ne l’avait pas essayé.
– a-t-on fait le deuil de l’enfant biologique ?
– veut-on que l’enfant nous ressemble ?
– y a-t-il une dimension « humanitaire » dans notre projet ? même si on n’adopte pas pour faire de l’humanitaire, c’ets un aspect qui peut faire partie du projet, du moment où il ne prend pas toute la place !
– quel âge ? sexe ? pourquoi. On parle des difficultés des enfants grands. On souhaite une petite fille. On a toujours tous les 2 voulu une fille. En plus, les filles dans les pays du bout du monde sont bien souvent les plus mal loties… c’est à ce niveau que se situe notre « morceau d’humanitaire »
– Souhaitons-nous une fratrie ? euh… non, pas nous ! un enfant à la fois 🙂
– Préférence pour un pays ? une ethnie ? lesquels ? certains pays ne nous attirent pas, comme la Chine, d’autres oui, comme le Brésil. Bref, en tout cas, rien n’est bien défini à ce niveau
– Accepterions nous un enfant avec des carences (nutritives), victime de négligences (retard moteur ou affectif suite à manque de stimulation qui sera ensuite comblé, par ex.) ? on répond d’une même voix oui !
Je suis super émue de voir mon homme parler avec autant de verve sur le sujet, je l’imagine jouant avec notre enfant…
– Accepterions nous un enfant avec handicap (malade, handicap physique, mental…) ? là, on refuse ; on ne se sent pas la force d’affronter çà.
– êtes vous dans un assoc sur l’adoption? Merci le net ! car se mettre dans une assoc à ce moment, çà ne me dit rien, mais j’ai parlé des forums, des groupes de discussions, du site de la MAI, bref, on a montré qu’on ne se laissait pas vivre, on se renseigne !

2. vos conceptions de l’éducation
– quelle éducation imagine-t-on donner à l’enfant ? est-on conscient qu’on ne peut « rien prévoir » ?
– éducation stricte versus éducation libre ou juste milieu
– s’il y a déjà des enfants bio, pensons nous l’aimer autant qu’eux ?
– questions aux enfants présents dans la famille : que penses tu de cette sœur/frère ?…
On a bien papotté sur les valeurs éducatives.
J’ai entendu ma moitié dire des choses que je ne pensais pas pouvoir venir de lui. J’ai dû me concentrer pour ne pas pleurer d’émotion devant l’AS, quelle nouille je sais !

3. l’histoire de l’enfant
– lui cachera-t-on ses origines ?
– lui parlera-t-on de son histoire dès le début, dès qu’il le demandera ?
– veut-on garder un lien avec son passé ? veut-on effacer sa vie avant nous et recommencer de zéro ?
– l’aidera-t-on à retrouver ses origines ? ira-t-on au devant de ses recherches ?
J’ai longtemps pensé qu’il valait mieux pour un enfant adopté ne pas savoir qu’il était adopté. Finalement, j’ai changé d’avis (un peu avant avoir engagé la procédure de demande d’agrément). Il y a toujours une petite crainte que l’enfant veuille retrouver ses parents biologiques et abandonne ses parents adoptifs. Mais est-ce si réel ? Pas mal de cas autour de moi disent que non.

Et si l’enfant apprend son adoption par hasard, par une tierce personne… car il y en aura toujours une. Et en plus, l’enfant serait le seul à ne pas connaître son histoire puisque famille et amis ne vous aura jamais vue enceinte…

Durée de cet entretien… 2heures ! (et toujours la langue collée au palais !)

On prend rv pour le 3è dans 1 mois (au retour des vacances de tout le monde) : ouf, plus de questions, plus de triturage de cervelle, mais relecture ensemble du rapport pour vérifier les erreurs « matérielles » (nombre de frères, date de mariage…) ; notre AS veut aussi savoir si ce qu’elle a écrit correspond à notre perception. Quand je dis qu’elle est chouette !
L’AS nous dit déjà à la fin de ce 2è entretien qu’elle nous mettrait un avis favorable, mais on n’en doutait pas !

 

Le 3è entretien est très rapide et nous sommes très détendus.

L’AS nous a amené une copie du rapport pour qu’on le relise ensemble (mais elle la reprend en partant, snif).
Une ou 2 phrases sont un peu ambiguës, je lui dis. Elle prend note et promet de re-rédiger le passage.

Conclusion du rapport que nous voyons de nos propres yeux : avis favorable

Yees !

Troisième marche
Fin novembre, les entretiens psy commencent.
Les, oui, il y en a plusieurs. Avant de commencer, je penche pour 2.

Enfin, heureusement que j’ai encore pris mon téléphone… la secrétaire de l’unité Adoption (charmante pour ne pas changer) me dit qu’elle laisse un mot à la psy qui doit nous voir pour qu’elle nous rappelle.
Elle rappelle.. Près de 15 jours après !

On discute pour convenir de l’horaire du 1er rendez-vous. Je lui parle du boulot, qu’on peut éventuellement poser congé 1/2 jour. Elle propose 17h en disant « quand même… c’est pas trop tôt çà » …
Mouais, çà nous fait quitter à 16h tous les 2, pour une fois, pas grave. Mais elle avait l’air d’avoir du mal à percuter que ce n’est pas une heure « normale » pour la plupart des gens.

Le jour J, on est même en avance tous les 2 de plus de 1/4h. Elle ne manque pas de le remarquer et met çà sur le compte de notre désir d’adopter. Sûr que si on s’en fichait, on aurait sûrement été en retard. Hum, si on s’en fichait, on ne serait pas venu du tout… Mais les horaires de transport en commun, on a l’habitude et on prend nos précautions quitte à être super en avance.

Bref.

On entre dans son bureau, on attend qu’elle cause la première.. Normal, non?
Elle dit « alors…  comment en êtes-vous arrivés à l’adoption? »
Waouh… quelle entrée en matière…
J’explique brièvement que les fiv n’ont rien donné et blablabli-blablabla.

« Mais pourquoi avez vous fait des fiv ? »
Je suis tentée de répondre que çà nous amusait, mais je m’abstiens.
– ben, on veut un enfant, et après quelques années infructueuses, on s’est tourné vers la médecine pour essayer d’avoir une solution
Vous voyiez autre chose comme solution? A part faire des fiv en cas de nécessité de DPI (diagnostic pré-implantatoire). Enfin, le but est toujours le même: fonder une famille…

je crains un peu que çà tourne au dialogue de sourds.

Elle nous demande quelles sont les causes de notre infertilité. Je ne vois pas en quoi çà change notre motivation face à l’adoption.

Puis on en vient à préciser qu’on sait que c’est un parcours difficile, mais on fait çà pour « réussir », pas pour se passer le temps, on entreprend la démarche avec sérieux

« vous êtes des gens sérieux dans la vie »
je ne sais pas si c’est une question ou pas. Elle n’en a pas l’intonation en tt cas.
Je précise brièvement qu’on sait s’amuser quand même, style qu’elle ne nous prenne pas pour des coincés !

Je ne peux même pas lister les questions comme avec l’AS, car je ne suis pas sûre qu’il y en avait vraiment.

On est venu à parler du fait qu’on n’est pas marié et Mr Atropine n’aurait aucune autorité parentale. On en est conscient, on a même décidé de le mettre comme tuteur au cas où.
J’ai l’impression qu’on ne la convint qu’à moitié.
Elle semble associer mariage et gage de stabilité…
et surtout quand elle insiste en disant qu’il ne portera pas le nom de Mr Atropine. Lui dit que çà ne lui pose pas de problème. Il ne veut pas un enfant pour perpétuer son nom.
Elle « oui, mais il va porter le nom de Mme. (puis, se tournant vers moi) c’est comme s’il était l’enfant de votre père ». J’ai un peu de mal à garder une tête convenable devant une telle analyse… gloups !

On lui parle de la loi assez récente qui permet de mettre les 2 noms, car finalement, pourquoi mettre le nom du père uniquement.
D’après elle c’est n’importe quoi cette loi. Çà ne sert à rien et personne n’en veut.
« Ah??? On connaît tous les 2 pas mal de monde qui ont donné les 2 noms aux enfants.
– oui, mais c’est stupide. Depuis toujours, on donne le nom du père. C’est comme çà! »

Le « c’est comme çà », je ne m’en remets toujours pas…  de la part d’un psy!!!!
Elle explique qu’on vient d’une lignée, que l’acte de donner le nom du père, c’est la mère qui fait père le géniteur etc.
mouais, on avance qu’en Espagne et au Brésil notamment, ils ont tout plein de noms depuis des lustres, c’est une histoire de culture. Et qu’ils sont choqués de voir le système français !

Elle ne démord pas de son idée de lignée, de « on a toujours fait comme çà ».
On attend qu’elle se calme…..

Puis elle nous demande des précisions sur certains points du rapport de l’AS.

Elle zyeute nos photos qu’on a mises dans le dossier.
Le dossier demandait une photo de chacun de nous mais pas de photo d’identité. On s’est donc pris en photo chacun notre tour. Elle nous fait remarquer qu’il faudrait mettre une photo de nous ensemble, on a l’impression d’être 2 étrangers avec ces photos séparées… mouais, c’est pour çà qu’on est dans le même dossier…
on la rassure en disant qu’au prochain rv, on lui donnera une photo de nous 2 (la seule qui existe!) En vacances… je ne vous dis pas la tête que j’ai la-dessus…  lunettes de soleil, bandana sur la tête…

en refermant le dossier, elle dit « tiens, on n’a pas parlé des FIV. (enfin, « on » c’est quand même elle qui est sensée mener l’entretien!) Çà doit être dur à vivre? »
Brièvement, je lui ponds une réponse sur l’attente et je lui dis que j’ai très bien supporté le côté physique.

La psy nous propose de nous revoir. Çà fait une heure mine de rien qu’on est dans ce bureau-frigo ! une heure, çà passe, surtout qu’on a pas mal divergé avec ses questions qui n’en étaient pas, on ne savait pas trop où s’arrêter…

2è round 15 jours plus tard
On arrive 20 min en avance, elle est contente de nous voir en avance, elle prend 5 min pour téléphoner qui se transforment en 20!!

17h, on entre donc dans le bureau. Un autre, où il fait plus chaud !

Pas de questions claires encore une fois, plutôt un échange…

Je commence par lui donner une photo de nous 2, la seule qui existe… au bord de la mer, cheveux au vent et lunettes de soleil. Bref, elle voulait une photo de nous 2, elle l’a!

Elle nous demande si l’entretien de la dernière fois nous a fait cogiter.
Euh… pas spécialement… on a continué à réfléchir mais ce n’est pas à cause de l’entretien (Chéri dira en sortant « si elle s’imagine que je l’attends pour réfléchir! »). Je ne sais pas si çà lui fait plaisir…

On commence par reparler des gens qu’on connaît qui ont adopté (reparlé car on en avait déjà causé la première fois !).
Elle est contente de nous entendre dire qu’on a conscience que çà ne sera pas facile, qu’il y a des « crises » spécifiques à l’enfant adopté.
Enfin, on en a déjà parlé la fois d’avant…

elle voit qu’on peut se mettre à la place de l’enfant (on parlait des 15% d’enfants adoptés qui sont abandonnés par leurs parents adoptifs! Quelle tragédie pour ces enfants brisés par 2 fois ! Çà me fend le cœur.)

Chéri en vient à parler des enfants des voisins de sa sœur: 3 petites filles adorables.
Il dit que quand elles viennent vers lui, çà lui fait quelque chose. La dernière fois, l’aînée de 8 ans lui a lu un livre, il était très touché
« ah.. C’est la fibre paternelle. Donc vous aimez les enfants; c’est le minimum pour adopter d’aimer les enfants »
….. no comment!!

Elle nous demande brièvement vers quels pays on veut se tourner sachant que pas mal de pays ne sont ouverts qu’aux couples mariés.

Elle note aussi qu’on est réaliste pour la difficulté du parcours mais qu’on y croit quand même.
Euh, si on n’y croyait pas, on ne serait pas ds son bureau…

Elle ne nous paraît pas tellement au courant quand mm. A la réu d’info, on nous a dit que tous les couples qui auraient l’agrément n’auraient pas forcément un enfant.
Et elle nous sort « ceux qui n’en ont pas, c’est qu’au fond d’eux ils ne le veulent pas vraiment »
certes, mais les chiffres au niveau mondial qu’il y a plus de parents voulant adopter que d’enfants adoptables, alors?…….

voilà, on a causé 3/4h comme çà.

Et elle sort: « çà vous dérange qu’on se revoit une 3è fois »
là, 3 fois on ne s’y attendait pas
Elle ajoute « c’est pour vous, hein, c’est pas pour moi » (sans blague!!!)
Oui, bien sûr, pas de problème.. On ne va pas lui dire que çà nous gonfle de la voir pour ne rien dire…

Et elle se décide à lâcher qu’elle veut nous revoir car nous avons une différence d’âge qui n’est pas banale.
Çà ne nous étonne pas qu’elle « tique » là dessus.
Mais on ne sait pas ce qu’on va pouvoir lui dire sur le sujet! Surtout qu’on l’a déjà abordé la 1è fois
Bon, rv pris pour le 3è round tout début janvier, car la commission se réunit fin janvier.

 

3è round ; le 2è jour de la nouvelle année

On est en congés tous les 2 ce jour là. On se dit qu’on va y aller un peu en avance pour qu’elle nous prenne un peu en avance et donc qu’elle nous lâche … un peu en avance !
On est en avance certes, mais elle se pointe pile à l’heure. On est tous les 2 en train de se lever de notre siège quand elle me dit « je vais d’abord vous voir seule »
Ah ? M’y attendais pas, enfin, plus. J’aurais pensé avoir des entretiens solo à la 1è fois, pas la dernière soit. N’a-t-elle pas entendu ou bien est-ce fait exprès, elle ne répond pas à mon « bonne année ! »

Comme d’hab j’ai envie de dire, je m’assois dans « son » bureau (je mets des guillemets car c’est à chaque fois un bureau différent) et j’attends qu’elle entame la conversation.
En vrac et dans le désordre, elle me parle des FIV et me demande comment j’ai vécu çà, car c’est dur à supporter. Je lui réponds que physiquement j’ai bien géré la chose, que de part mes connaissances je pense que j’ai intellectualisé l’affaire. Bien sûr, l’échec est dur. Mais globalement, on a bien géré çà.
Elle me demande combien on a fait de tentatives et pourquoi on est passé à l’adoption. Je lui parle des 4 tentatives remboursées par la sécu et du coup, au bout de 4 échecs, les questionnements.
– et si plus avaient été remboursées, vous auriez continué ?
– peut-être, ce n’est même pas sûr, que je réponds avec un bel aplomb…
Elle me demande qui de nous 2 a pensé à l’adoption en premier. C’est Monsieur Atropine, comme vous l’avez lu au début de l’histoire. Je lui dis aussi que ce n’est pas parce que je n’en avais pas parlé en premier que je n’y pensais pas. Et je lui tais ma réaction première…

Elle s’inquiète aussi de mon âge… j’ai 28 ans depuis quelques mois, la limite légale pour adopter. Et je vais adopter en célibataire puisque nous ne sommes pas mariés. Est-ce qu’une telle responsabilité au plan légal pour mes épaules ne me fait pas peur ?
J’explique qu’il y a le légal d’une part et la vie quotidienne d’autre part et que j’espère que cette 2è part aura bine plus de place que la part légale. Et dans la vie quotidienne, on sera à 2 à élever cet enfant, qu’on sera une famille, que Mr Atropine ne sera pas une pièce rapportée. La psy ajoute qu’elle sent Mr très impliqué.

Elle me demande aussi si je me sens bien en couple avec Mr Atropine. Je pense à une copine à qui le psy lui avait demandé, à elle et son époux, s’ils n’avaient pas l’intention de divorcer dans les prochains temps…
Je rassure la psy sur notre couple qui dure depuis plus de 5 ans, que ce n’est pas une passade etc.
Elle s’inquiète de savoir si ma belle-famille m’a accepté, si j’ai déjà vu ma belle-mère. Elle est rassurée quand je lui dis qu’on les visite régulièrement et qu’à ces occasions, on dort chez ma belle-sœur !

Elle dit que mon boulot a l’air prenant, sans poser de véritable question. Je vois très bien où elle veut en venir. Je lui réponds de suite que même si aujourd’hui j’aime mon travail, je ne vis pas pour la société qui m’emploie. Alors l’arrivée d’un enfant ne changera pas cette vision des choses et risque même de l’accentuer. D’ailleurs, je me vois bien bosser à 80%.

A un moment, elle me dit qu’elle nous sent sereins face à ce projet, ce qui est vrai.

Elle revient pour la 3è fois en 3 rv sur une phrase du rapport de l’AS qu’elle ne saisit pas…

Plouf, plouf…

Puis c’est au tour de Mr Atropine.
Il m’a dit qu’ils ont causé de sa famille, qu’elle l’a aussi trouvé serein, conscient des difficultés, etc.

Difficile d’en dire plus sur son entretien à lui ; déjà rapporter les miens, ce n’est pas coton, alors, ceux rapportés par un tiers…

 

Enfin, elle ne nous a pas parlé de 4è rv, ouf !

La dernière fois, elle avait dit que la Commission se réunissait fin du mois…
Alors, on attend à présent !

Entre deux marches

Un an après l’envoi de notre premier courrier au Conseil Général, à quelques jours près, on reçoit une lettre de leur part.
C’est toujours moi qui vide la boîte aux lettres ; j’ouvre cette lettre, me demandant bien ce que çà peut être.
Elle nous annonce notre passage en Commission, dans 10 jours ! Elle nous informe aussi que nous pouvons aller consulter notre dossier et que nous pouvons demander à être entendus par la Commission, accompagnés d’une personne de notre choix.

Nous ne savons pas ce qu’on pourrait aller dire à la Commission… Par contre, aller voir le dossier ! Un peu qu’on va y aller !
Je téléphone donc pour prévenir que je veux consulter notre dossier et je demande s’il faut prendre rendez-vous.
La secrétaire (pas forcément à chaque fois la même, mais à chaque fois aimable et disponible) me propose des dates et des créneaux horaires. Pas facile de jongler entre les propositions et mon boulot… je choisis celle qui m’arrange le mieux et j’arrange dès que je raccroche mes horaires au boulot. Je vais voir notre dossier 2 jours avant la réunion de la Commission…

Quatrième marche

C’est aujourd’hui que je vais voir notre dossier…
Mon homme se lève (toujours avant moi) « ouhlala, il y a plein de neige ; ne pars pas trop tôt au boulot ! »
Effectivement, une épaisse couche de poudre blanche recouvre tout : depuis la fenêtre de ma chambre, je vois les voitures qui jouent au lac des cygnes…
Le rendez-vous est en début d’après-midi, çà aura bien le temps de fondre !

Erreur ! vers 10h30, ma voiture est toujours coincée sous la neige, les rares véhicules qui passent jouent toujours au lac des cygnes (la grâce en moins)…
Je téléphone au Conseil Général pour annuler mon rendez-vous et essayer d’en avoir un le lendemain.
C’est que la commission, c’est dans 2 jours. Je n’ai pas un siècle pour aller voir notre dossier !

J’explique donc à la secrétaire, de ma voix la plus douce, que je suis bloquée chez moi et je demande s’il n’est pas possible d’avoir un rendez-vous le lendemain…
Ah, mais les rendez-vous n’étaient pas prévus demain… elle va quand même demander à ses collègues si une personne de l’équipe peut me recevoir.
Yees ! J’ai un rendez-vous à 15h, que je négocie « entre 14h30 et 15h ». Bon, niveau horaires, je vais jongler au boulot, mais « c’est pour la bonne cause comme on dit ! »

On est le jour « J », le temps et les routes sont moins pourries mais je n’ai pas confiance en ma voiture, donc journée bus… gloups !
Je jongle avec les horaires de bus (je devrais penser à me recycler dans le cirque !) ; entre le bus qui ne passe pas, celui qui est en retard et celui que j’attrape en courant dans la neige et sur la glace (sans la grâce des danseuses du Lac des Cygnes…)… arrivée dans les locaux du CG, il est 14h50. Ouf ! Je suis bien dans le créneau!
Je patiente 4-5 min.
Une femme me laisse son bureau (elle va bosser ailleurs, avec une pile de dossiers sous le bras et sa trousse !) pour que je puisse lire tranquillement les rapports (psy et AS). Elle reviendra quand j’aurai fini et je pourrai poser mes questions et faire mes remarques.

Je me précipite sur le rapport psy; bon, on a vu la folle furieuse 3 fois, je sous-pèse le rapport… Même pas une page A4…
Certes, la quantité ne fait pas la qualité..

Je commence…
A la première ligne, elle n’a pas pu s’empêcher de mentionner notre différence d’age et dans le premier paragraphe, le fait qu’on est pas mariés!
Deuxième paragraphe, elle dit que notre relation est stable et bien « nourrie » (ou quelque chose comme çà).
Elle dit aussi que j’ai tenté 4 FIV pour fonder une famille (mouais, NOUS avons tenté les FIV hein!); elle dit qu’on sent que j’ai bien digéré l’affaire.
Ensuite, elle cause de mon homme; il s’exprime avec vivacité, il est impliqué et enthousiaste.
Et je suis à ses yeux de professionnel,  mature et responsable, complètement soutenue par Monsieur (il n’y avait qu’elle qui pouvait en douter !).
Donc..

Avis favorable!!!!

Extraaaaaa !!!!!

J’ai relu le rapport de l’AS, il était là… en plus, le rapport psy, je l’ai lu en moins de 3 min. J’avais un peu envie de « rentabiliser » mes 40 min de bus (sachant que la même chose m’attendait pour le retour) en restant un peu sur place !
En relisant ce rapport AS, 4 mois plus tard, j’ai trouvé quelques phrases tordues, qui peuvent laisser un doute sur son idée. C’est plus certaines de ses tournures qui sont tordues que les idées exprimées.
Çà n’empêche pas l’avis favorable, bien sûr. Çà n’avait pas changé !

Après, j’ai rappelé la nana.
J’ai fait ma chipoteuse… La psy avait ajouté 1 an de plus à notre différence d’âge. Pfff ! Pénible la fille. Mais j’ai argumenté la non-cohérence du coup, avec nos dates de naissance, qu’il valait mieux que tout soit clair. La secrétaire a fait la correction et hop, le rapport était sorti tout bien !

Signature du papier de prise de connaissance du dossier, en stipulant que je n’ai pas de remarques.

Et re-belote, emmitouflage, et retour au boulot (re-bus, re-neige, re-pieds mouillés !)

Commission demain !!!
Résultat… environ sous 3 semaines! Car la commission donne son avis, au vu des avis des rapports. L’avis de la Commission part chez le Président du Conseil Général, qui donne une décision définitive…

Pour pas changer………… on attend !

Premier palier

Il est arrivé !!
Une semaine après la réunion de la Commission, l’agrément était dans la boîte…

Nous avons donc trouvé dans l’enveloppe :

– l’agrément proprement dit, à mon nom

– la notice, document reprenant certaines informations sur l’enfant (nombre d’enfants, âge, sexe, préférence ethnique, enfant à particularités). Pour nous, c’est un enfant, sans particularités, âgé de 0 à 4 ans, sans préférence de sexe ni d’ethnie.

– les copies des enquêtes sociales et psychologiques

A cette occasion, on s’est à nouveau penché sur le rapport de la psy… elle est tordue cette femme. Elle n’a pas pu s’empêcher de distiller de ci, de là, des infos pas très sympas. Style « Monsieur a une difficulté de représentation du masculin, ce qui explique la préférence pour une fille. Çà serait un point à travailler. »
On a quand même bien ri, en lisant « Melle Atropine s’exprime avec beaucoup de franchise sur son parcours en FIV »… ah oui ! c’est sûrement pour çà qu’elle ne sait pas qu’une nouvelle tentative est prévue…

M’enfin, l’agrément est là.
Maintenant, il nous faut contacter les OAA. Leur écrire une belle lettre de motivation, avec la copie de tous les documents, peut-être même leur mettre une photo de nous ; bref, faire un beau dossier et espérer qu’ils veuillent bien travailler avec nous…

Nous sommes arrivés le premier palier, mais la volée de marches qui suit est loin d’être aisée….

Être parents autrement:

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